Politiques culturelles : le « militantisme » des élus pour faire pièce aux difficultés budgétaires – Le Courrier des Maires

La culture en général, en particulier celle liée au patrimoine, souffre des difficultés budgétaires des collectivités territoriales et du retrait de l’Etat. Elle est pourtant nécessaire au bonheur des populations, ont constaté les participants à l’atelier Politiques culturelles et patrimoines du Congrès des maires.

La culture relève du militantisme. Tel est le constat qui pourrait être tiré de l’atelier politiques culturelles et patrimoine tenu lors du Congrès des maires, le 1er juin.

Baisse des dotations, retrait des départements et des régions, disparition de l’Etat, tentation de l’événementiel, baisse du niveau d’exigence… Un certain nombre d’élus sont pourtant convaincus que la culture et la préservation du patrimoine sont encore la pierre angulaire de la vie en société, du « bonheur » de chacun. « La culture est toujours une passion pour les élus que nous sommes », s’exclamait ainsi François de Mazières, maire de Versailles.

Basculement des politiques culturelles

Pour lui, la France connaît un « basculement historique des politiques culturelles ». L’exception culturelle française était caractérisée par « un rapport particulier entre culture et pouvoir » et un développement culturel impulsé, au XIXe siècle par les municipalités qui s’équipaient de théâtres, opéras, bibliothèques…

Aujourd’hui, aux côtés d’un Etat toujours présent, ce sont les communes qui font le quotidien de la vie culturelle. D’autant plus, qu’avec la décentralisation, la culture est une vitrine politique pour elles.

Mais la récession des budgets provoque un basculement avec un effet cascade : retrait de l’Etat, désengagement des départements pour lesquels la culture n’est plus une dépense obligatoire et des villes, en bout de chaîne, qui s’engagent à ne pas augmenter la fiscalité.

Loi CAP : ne pas trop en attendre

Une situation dont la préservation du patrimoine risque de pâtir. Au cœur des politiques culturelles depuis le XIXe siècle, il est l’un des axes importants du projet de loi Culture-architecture-patrimoine (CAP), en discussion au Parlement.

« Il ne faut pas trop en attendre », tempère François de Mazières qui estime que le projet de loi perturbe l’organisation de la protection des monuments historiques : secteur sauvegardé, ZPPAUP, Avap.

Ainsi, du régime de protection des 500 mètres autour des monuments historiques, « 6% du territoire de la France ! », souligne le maire de Versailles, l’exception devenant la règle. « Ce sera compliqué à gérer, estime-t-il, car les ABF seront débordés ».

« Vent de panique général » avec la réforme des secteurs sauvegardés, ZPPAUP et Avap, voués à passer du Code du patrimoine au Code de l’urbanisme. « Or le Code de patrimoine permet une protection des matériaux, par exemple un mur de brique, ce que ne permet pas le Code de l’urbanisme. « Nous sommes revenus vers plus de raison au niveau du Sénat, en recréant une servitude d’utilité publique à travers le Code de l’urbanisme ».

La question du petit patrimoine est soulevée par l’assistance de l’atelier, composé de nombreux maires de communes rurales. Pour eux, l’importance de l’action de la Fondation du patrimoine est soulignée, avec son action de levée de fonds et de subvention.

Notes positives

Notes positives pour le maire de Versailles : la baisse du seuil de recours à un architecte, de 170 m² à 150 m², ainsi que l’obligation, pour les permis d’aménager un lotissement, de passer par un professionnel.

La CMP devra, sur ce point, départager députés et sénateurs, ces derniers souhaitant que cette compétence soit ouverte également aux géomètres experts, les députés voulant la réserver aux architectes. « Je souhaiterais qu’on y ajoute les paysagistes, dont c’est le cœur de métier », précise François de Mazières.

Une disposition qui devrait être un plus pour le paysage de la France. Franck Leroy, maire d’Epernay, alerte sur les maires qui laissent les aménageurs faire n’importe quoi dans les lotissements, dans le but de faire « suer le foncier », et défigurent le paysage. « Il est important que des pros soient en charge de ces lotissements, sinon les paysages sont abimés pour des décennies. »

Prière à l’Etat

Au-delà de ces questions juridiques, ce sont, de façon peu surprenante, les problèmes financiers qui agitent les élus. « Nous avons besoin d’argent pour la protection du patrimoine », relève François de Mazières qui déplore que les choix budgétaires de l’Etat et des collectivités se fassent au détriment du patrimoine.

Ainsi, la baisse des crédits de la culture en 2012 et 2013 s’est traduite par une perte de 130 millions d’euros pour le patrimoine.

En 2016, la rebudgétisation d’une redevance pour archéologie préventive dans le budget du patrimoine relève d’un artifice comptable visant à faire croire à un maintien de la ligne. « Pitié, ne nous abandonnez pas au niveau de l’Etat », conclut le maire de Versailles, qui n’aura pas été entendu par Audrey Azoulay, ministre de la Culture, qui, invitée, n’a pas fait le déplacement. Spectacle vivant

Si le patrimoine court le risque d’être délaissé, il ne faut pas l’opposer au spectacle vivant, insistent les intervenants, l’une ayant besoin du socle de l’autre.

Des exemples en sont donnés. David Nicolas, maire d’Avranches, à 12 kilomètres du Mont-Saint-Michel, capitale historique et culturelle de la baie du Mont-Saint-Michel, expose le parti tiré du pacte culturel, découvert par la collectivité en 2014.

« Son fondement est simple, explique-t-il. Si la collectivité s’engage à ne pas baisser son budget culture, le pacte peut être contracté avec ministère ». Il se traduit par un dialogue renforcé avec la Drac et aide systématique pour tous les dispositifs de droit commun.

Avranches a ainsi bénéficié d’aides pour le recrutement d’agents et le financement des postes, pour le recollement et la restauration de collections, la mise en place d’une Avap, d’une écoute accrue des services de l’Etat, de l’ABF en particulier.

Autre volet intéressant : la mise en œuvre du pacte dans le cadre de la politique de la ville, avec résidence d’architectes et résidence théâtrale, réalisation d’un film documentaire par un jeune avec les habitants du quartier.

« Le pacte est bénéfique, mais coïncide avec une forte appétence culturelle de la ville et son projet politique », reconnaît David Nicolas. Culture au village

Francis Manent, maire de Saint-André (3 300 habitants, Pyrénées-Orientales), s’attache, à son échelle à faire promouvoir culture et spectacle vivant.

La commune se constitue une collection de tableaux donnés par des peintres en échange d’en exposition entièrement prise en charge par elle.

La médiathèque, devenue intercommunale, accueille cafés littéraire et philosophique. Surtout, la commune organise, depuis 1995, un festival de théâtre, ouvert aux amateurs comme aux professionnels.

Avec spectacles sur une semaine, il est financé par une aide du budget départemental, un peu de partenariat, la recette des repas du public, le bénévolat et le budget de la commune. Dépense globale : 40 000 euros. « Oui, la culture, dans nos communes est un véritable militantisme », s’exclame Francis Manent.

Source : Politiques culturelles : le « militantisme » des élus pour faire pièce aux difficultés budgétaires par Martine Kis

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