Versailles est un jardin, interview François de Mazières

Propos recueillis par Isabelle Schmitz

Pourquoi avez-vous souhaité célébrer avec autant d’ampleur l’Année Le
Nôtre ? Il m’a semblé que ce pouvait être une occasion de montrer que,
riche de son passé, Versailles sait être résolument ancrée dans la
modernité. S’il reprend nombre de ses prédécesseurs, Le Nôtre est un homme
tourné vers l’avenir qui dresse, agrandit, construit. Et c’est ce que je
souhaite pour Versailles. Tous les projets développés lors de cette année
tournent autour de cette idée. Les aménagements des jardins, bien sûr, et
des allées portent l’empreinte du jardinier du roi. Contrôleur des
Bâtiments royaux, Le Nôtre fut aussi un chef de chantier formidable
puisqu’il dirigea jusqu’à trente mille personnes pour mettre en œuvre ses
vues paysagistes et urbanistiques. Les chantiers qui voient le jour en 2013
à Versailles en sont marqués. L’aménagement de l’avenue de l’Europe, qui
marie l’élégance à la fonctionnalité, s’inscrit dans la droite ligne de la
logique de Le Nôtre. Cet axe fonctionnel, qui relie l’avenue de Paris à
l’avenue de Saint-Cloud, est devenu une très jolie promenade végétale, à
laquelle a œuvré Nicolas Gilsoul. La création d’une piste cyclable en
double sens va maintenir l’accessibilité sans altérer l’équilibre des
allées royales qu’elle traverse. Vous avez développé plusieurs initiatives
et chantiers urbanistiques. Quel est le chantier le plus remarquable de
cette Année Le Nôtre ? Outre les quatre résidences étudiantes que nous
avons inaugurées cette année, à la fois dans des bâtiments du Grand Siècle
et dans de nouveaux édifices « écologiques », à la structure de bois, la
réhabilitation de l’hôpital Richaud et de ses trois jardins architecturés,
sous la houlette de Jean- Michel Wilmotte, est le plus gros projet de
rénovation de la ville depuis trente ans. Il intègre trois cent vingt
logements (dont 25 % de logements sociaux), une crèche et une résidence
étudiante, qui formeront au cœur de la ville un poumon important dans la
logique du Palais-Royal, avec son jardin et ses boutiques, ouverts le jour
et fermés la nuit. Autour d’une architecture classique prendront place un
jardin à la française, un jardin contemporain et un jardin de ville. Quatre
siècles après sa naissance, que peut dire Le Nôtre sur le Versailles
d’aujourd’hui ? Le souhait que nous avons de rétablir un bel équilibre
entre les bâtiments et la verdure est un héritage direct de Le Nôtre. Sa
figure correspond parfaitement au mariage de l’architecture et de l’art des
jardins : cet équilibre épuré privilégie la perspective et les effets de
surprise, son élégance est intemporelle. Ce que nous voulons est une ville
à la pointe de l’urbanisme actuel qui soit un modèle de répartition entre
la nature et l’architecture. Ce n’est pas un hasard si nous abritons l’une
des deux écoles nationales du paysage. Versailles est le berceau de cette
culture.

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